2018/2019/2020

Carnet de pensées, découvertes, réflexions autour de l'écriture

08.20

  • keep painting and keep painting, and see if you catch something... David Lynch dans le documentaire sur son travail "The art life".

  • Essayer d'écrire en imaginant à qui je vais raconter cette histoire ?

  • Pourquoi croire que plus je passe de temps à ma table de travail plus le texte va être bien écrit ?! S'imposer des temps limités pour retrouver un peu de temps libre.

  • Exercice: en s'inspirant  de la nouvelle "Plume" de Raymond Carver, imaginer comment un simple dîner entre deux couples peut remettre en question l'essence même d'une relation.

 

07.20

  • La beauté d'un titre : Sous les mains de qui aurait l'audace (titre d'une exposition autour de l'éditeur de poésie Cheyne).

  • Pourquoi devrait-on toujours progresser ? Est-ce que le texte suivant sera forcément mieux ? Non mais de l'envisager comme un passage obligé soulage. Un peu. 

  • "Je m'étais abusée quand j'avais cru progresser. Et même, séparées du contenu singulier auquel je les avais appliquées, mes méthodes perdaient de leur subtilité, de leur souplesse. Je n'apportais rien de neuf; absolument rien. Et je savais que le second tome ne faisait que prolonger ce piétinement. Voilà : j'avais passé trois ans à écrire un livre inutile." L'âge de discrétion, Simone de Beauvoir.

  • Quand le désir n'est plus à l'écriture..."Je comprends que tu sois embêtée. Mais ne te frappe pas trop. Pour l'instant, c'est forcément le vide. Et puis un jour une idée te viendra." L'âge de discrétion, Simone de Beauvoir.

  • L'essentiel c'est d'avoir écrit, c'est d'écrire dit ma grand-mère.

  • Richard Powers dans America (Printemps 2020): Un romancier est un outsider. C'est la meilleure place qui soit pour regarder une société, d'ailleurs par bien des aspects, quand vous vous engagez dans une une vie de mots, vous ne vivez pas, vous regardez: vous observez votre propre vie et la vie qui vous entoure bien plus que vous ne vous y immergez. Voyager contribue à faire de vous un outsider.

  • Siri Hustvedt dans America (Eté 2020) cite le psychanalyste Peter Wolson qui explique que tout artiste a besoin d'un sentiment infatué de lui-même. Pour continuer de créer, il faudrait posséder comme une"conviction grisante de sa potentielle grandeur".

  • Recherche du mois : quels serpents peut-on trouver dans les étangs ? 

  • Exercice: raconter un moment important vécu au bout du fil sur le modèle du recueil "Ne quittez pas !" de Marie Sizun.

 

05/06.20

  • L'écriture ouvre à l'observation mais ouvre-t-elle à l'autre ? Observer n'est pas vivre avec les autres.

  • Rendre la langue accessible.

  • Pourquoi ne pas essayer d'écrire plusieurs parties d'un roman en même temps si l'on n'arrive pas à écrire dans l'ordre chronologique ?

  • Un livre est fini quand on ne le supporte plus (Alice Zeniter dans Bookmakers d'Arte le 15/04/2020)

  • Klô Pelgag, artiste québécoise : ...je rencontre ce moment où chaque idée me semble répétitive, désuète, en comparaison aux drames qui m'entourent...

  • Méthode de travail de Colin Niel (Interview pour Milieu hostile le 02/11/2018) : Je fais une trame avant de commencer à écrire, mais ce n'est pas un plan. J'écris en trois, quatre pages, les idées que j'ai, mais il y a énormément de trous...

  • Le rôle du romancier est de présenter la discussion des problèmes plutôt que leur solution (Introduction "Les frères Karamazov" Fédor Dostoïevski, La Pléiade)

  • Attention aux phrases qui font émission de télévision !

  • Un passage du roman non achevé "Niétotchka Niézvanov" de Fédor Dostoïevski : Qu'est-ce qui t'inquiète: la pauvreté, le dénuement ? Mais la misère forme l'artiste; elle est inévitable dans les débuts. Maintenant personne n'a besoin de toi; personne n'a besoin de te connaître; c'est la vie du monde [...] Tu as trop d'amour-propre et tu n'oses pas assez. Sois plus hardi, attends, exerce-toi et, si vraiment les forces te font défaut, alor,s lance-toi au hasard; il y a en toi de l'ardeur, du sentiment. Peut-être tu atteindras ton but de cette façon. D'ailleurs, même si tu ne l'atteins pas, va quand même de l'avant, tu n'y perdras rien puisque tu y gagneras de la maîtrise.

 

 

04.20

  • Avec le mois de mai commence le 48ème jour de confinement, mais revenons sur le mois d'avril et à l'écriture parce qu'il faut "écrire pour ne pas s'obstiner à la vitre des ressassements de l'actualité" a dit Wajdi Mouawad dans son journal de confinement du 19 mars ou pour "tuer le temps" a dit Maggie Nelson à France Culture le 28/08/2019 : Quand j'écrivais ce livre et que j'étais très malheureuse, je me suis rendue compte que l'écriture ne changeait rien, mais qu'elle permettait de tuer le temps. Parfois j'écris contre l'idée de l'écriture en tant que catharsis, mais une fois que le livre est paru, je vois beaucoup plus clairement ce que l'écriture du livre m'a apporté. En écrivant, j'épuise le sujet et par le biais de cet épuisement naît une curiosité pour un nouveau sujet, alors je peux passer à autre chose.

  • La foi et l'instinct ne suffisent pas, il faut travailler.

  • Sexisme en littérature (2) : Les samedis, Midori avait l'habitude d'occuper tout son après-midi dans un salon de coiffure [...] ses produits de beauté débordaient du placard. (Pétales de Guadaluppe Nettel). La jeune juriste se présenta donc, vêtue d'un exquis tailleur beige. Pendant qu'elle s'asseyait en face de lui en croisant ses belles jambes moulées dans un collant [...] De nouvelles affaires étaient venues s'accumuler dans les services de l'A.G., dont celles de la belle militante noire Agela Davis... (L'Attorney général de Bill Davison). J'ai beau reconnaître l'intérêt de l'écriture et de l'analyse de François Truffaut dans "Les films de ma vie", pourquoi si peu de femmes citées (plus de 60 réalisateurs hommes cités pour une femme, Agnès Varda et son film "La pointe courte") ? Inverser les chiffres pour voir où se situe le problème, si les chiffres avaient été inversés le livre se serait appelé "Les réalisatrices de ma vie". Pareille découverte dans "L'analyse des films" de Jacques Aumont et Michel Marie, 146 films d'hommes cités pour un seul de femme (India Song de Marguerite Duras). Dommage !

  • Tout ce que l'on fait c'est pour s'occuper alors y prendre du plaisir est la moindre des choses. On peut trouver de la joie dans des choses accessibles.

  • Avec ce projet sur le cinéma qui avance, j'ai cette impression de travailler tout le temps, de chercher du matériel dans tout. Quand est-ce qu'on se repose ?

  • Masterlass de Marie-Hélène Lafon du 13/10/2018 : la contrainte permet d'écarter le trop pour se concentrer sur quelque chose [...] On ne peut pas échapper à ses obsessions... Il faut aller là où il y a du désir et de la nécessité.

  • Les mots de Donna Tartt :  travailler le détail sur une très grande toile

  • Réaliser l'importance de ne pas être interrompu quand on travaille.

  • Ne pas perdre du temps à faire des choses pour l'appât du gain, par pure ambition mais se concentrer sur des projets qui nous apportent l'ambition de la joie et du plaisir.

  • Que veut-dire "Constituer une oeuvre" ?

  • En lisant "Essai sur le fou de champignons" de Peter Handke je pense à l'importance de la gestion du rythme, de l'intensité de l'action qui doit aller crescendo. On ne peut pas tout le temps être dans l'intensité !

  • Mona Chollet dans son ouvrage Sorcières : Voilà peut-être pourquoi j'écris des livres [...] pour faire émerger des sujets qui n'étaient parfois même pas constitués ou identifiés comme tels en affirmant leur pertinence, leur dignité.

  • Roland Barthes dans son ouvrage Mythologies : Le langage de l'écrivain n'a pas à charge de représenter le réel, mais de le signifier.

  • Truffaut  dans "Les films de ma vie" évoque l'importance de la seconde oeuvre. Celle-ci "permet de déterminer si l'artiste n'était que l'homme d'une seule oeuvre, c'est-à-dire un amateur doué ou bien un créateur, s'il était l'homme d'un coup de chance ou celui qui va évoluer."

  • Hélène Bertin sur le travail de Valentine Schlegel (Par les temps qui courent  sur France culture le 09/09/19): mener un chemin artistique à l'ombre des autres artistes et ne pas trouver ça grave c'est une forme de liberté. Valentine Schlegel a travaillé dans des espaces privés qui ont rendu son travail invisible et ça c'est aussi une forme de liberté.

  • Exercices : écrire une version contemporaine du Horla, à quoi cela ressemble la solitude des nuits à notre époque dans un appartement en ville // Ecrire un monologue par le biais de la présence d'autrui en prenant pour exemple "La dame du photographe" de Colette : "Mais ce jour dont je vous parle, j'ai senti que tout m'était égal, ou plutôt que rien ne me suffisait. Et les jours suivants..., je les passe sous silence. "Vous dites ? Oh ! non. Oh ! vous faites erreur, je ne méprisais pas mes occupations, au contraire. Jamais je ne m'y suis tant appliquée. Rien n'a cloché. Sauf que je trouvais le temps long et qu'en même temps je cherchais ce que j'aurais pu y introduire... La lecture ? Vous avez sûrement raison. La lecture est une bonne distraction... // A partir d'un tableau de Hopper écrire un monologue qui s'adresse à quelqu'un. // S'exercer aux comparaisons en prenant un élément, le ciel est (un manteau de laine pour Apollinaire), la haine est (un ivrogne au fond d'une taverne pour Baudelaire)...etc // Traduire l'émotion du silence.

 

 

02/03.20

  • Commencer un journal de confinement qu'on espère inconsciemment plus original, moins autocentré que les autres. Et puis entendre celui de Wajdi Mouawad et trouver nos lignes bien ridicules en comparaison. Regretter son manque de culture qui permet des parallèles plus poussés. Il y a ce besoin toujours de dépasser les anecdotes personnelles pour aller vers l’universel. Il y a en même temps la (géniale) lecture d’Alain de Botton « Bien que le poète semble s’intéresser à l’individuel, il s’intéresse en réalité à l’universel ». Avec ce livre « Les consolations de la philosophie » il me rappelle l’importance de la philosophie. Il y a ce passage sur la nécessité : un chien attaché à une carriole, s’il tire la laisse il s’étrangle, s’il suit le mouvement il garde de la marge et donc une certaine liberté. De Botton cite Sénèque : la seule façon d’alléger les maux qui nous accablent, c’est de nous soumettre à la nécessité. Je cite De Botton : Pour réduire la violence de notre rébellion contre les événements qui contrarient nos intentions, nous devons considérer que nous avons, nous aussi, toujours une laisse autour du cou. C’est peut-être cela la liberté ? Faire avec la nécessité.

  • Alain de Botton cite également Nietzche sur le travail nécessaire pour devenir romancier, en voici quelques passages : on doit noter chaque jour des anecdotes jusqu’à ce qu’on ait appris à leur donner la forme la plus éloquente et efficace ; on doit observer et décrire infatigablement les divers types humains et caractères ; on doit surtout raconter des choses aux autres et écouter les autres en raconter, en gardant les yeux et les oreilles bien ouverts […] on doit enfin réfléchir aux motifs des actions humaines, ne dédaigner aucune source d’instruction à leur sujet et accumuler tout cela jour et nuit. On doit persévérer dans ces multiples exercices pendant une dizaine d’années ; ce qui sera alors créé […] méritera d’aller dans le monde. A cela vient se superposer ma propre interrogation, comment obtenir la distance suffisante sur son texte pour savoir si ce n’est pas satisfaisant parce que ce n’est pas assez bon ou parce qu’on y a passé trop de temps ? Peut-être le regard extérieur est-il toujours nécessaire ?

  • (Toujours) Alain de Botton dans le même ouvrage (décidément ! ) cite également Nietzsche sur la question du « talent » : ils (les grands hommes) avaient tous cette scrupuleuse application de l’artisan qui apprend à bien faire les parties avant d’oser entreprendre le tout. Ils s’en donnaient le temps, parce qu’ils prenaient davantage de plaisir à bien faire les petites choses secondaires qu’à contempler un ensemble admirable.

  • Quelques mots de Paul Harding notés lors du Festival America concernant le personnage : vivre pour le personnage l’expérience qu’on n’a pas vécu soi-même. Choisir les prénoms les plus neutres possibles comme ça ils ne se mettront pas dans les roues du récit.

  • Qu’est-ce que la liberté totale pour un écrivain ? Qu’il n’y ait pas d’argent en jeu ?

  • Philippe Jaenada dans le podcast d'Arte radio Bookmakers répond à la question sur le travers d’écrire toujours le même livre, il répond : c’est pas du tout un travers… Il faut refaire toujours le même livre. C’est pas comme si on vivait 3000 ans… On a des toutes petites vies. Il faut que j’écrive le même livre, que j’insiste là-dessus… Il y a des auteurs qui ont écrit un livre, ça suffit s’ils ont tout dit. Moi mon but c’est d’écrire toujours le même livre… de creuser la même idée de plus en plus profond.

  • Sexisme en littérature (1) Peut-on réussir à s’extirper des clichés de son époque ? Je relis un livre de mon enfance « La sorcière de midi » de Michel Honaker. Les filles y sont jolies, elles aiment le rose, les princes et sont trop fragiles pour vivre des aventures. En même temps je lis « Le jardin de cristal » de Mohsen Makhmalbâf où la féminité implique forcément le désir de maternité et je réalise les inconvénients de la littérature et des arts en général qui propagent aussi des clichés tenaces.

  • Quelques notes traduites du livre de Jerry Saltz « How to be an artist » : L’art n’a pas à faire sens, il ne faut pas se préoccuper de faire sens, plus vite ton art fait sens plus vite les gens s’en désintéressent […] Il faut être suffisamment détaché de son art pour voir ce que l’on fait clairement… Faire des pas de bébé, et y prendre du plaisir. […] Ne pas faire les choses pour être compris (art is not about understanding…or mastery. It’s about doing and experience).  Ecrire ce qui ne peut être dit. Important things are hard to write about. Say what you mean, even if it seems humble or humdrum. If it sounds too pretentious, don’t say it. If you’re not sure, wait and see – si tu deviens insupportable, tes pairs te le diront. Et enfin having a family is fine. 90% of artists have children.

  • Exercice : La découverte des histoires en trois phrases de Sarah Beaulieu. Un exercice à essayer et qui va aussi peut-être de pair avec un autre exercice: écrire pour chaque texte un court résumé (cent mots) et le faire lire à quelqu'un pour voir s’il comprend.

01.20

  • Quand est-ce que les nouvelles idées sont revenues ? A l'apparition des fantômes (thème d'un atelier), aux nouvelles contraintes, aux nouvelles formes essayées.

  • A quels moments de l'enfance apparaissent pour la première fois les émotions: la culpabilité, la colère, la peur...

 

12.19​

  • Un souvenir d'enfance qui remonte à la surface, qu'est-ce qu'écrire si ce n'est convoquer le passé ? On n'écrit qu'à partir de souvenirs, est-ce que c'est dangereux ? Est-ce que ça nous enferme ? Et puis on lit Annie Ernaux (Revue Zadig N°4) et on comprend : Ecrire c'est une activité du présent d'abord, qui essaie de sauver le passé, mais pas seulement, qui est aussi tournée vers l'avenir. Ecrire, c'est en somme donner de l'avenir au passé. 

  • Trouver ses idées de plus en plus précises et s'en féliciter.                                                                                   Je ne sais pas si j'écris de mieux en mieux mais j'ai l'impression de mieux saisir, de mieux sentir ce que j'essaie de "transmettre". A la manière d'un chercheur d'or, je creuse un tunnel jusqu'à mon esprit, jusqu'à la naissance des émotions, les idées noires de la société, la haine de l'autre, les obsessions. Et tout cela je le dois aux autres, aux auteur.e.s, créateurs...

  • Une année rempli de lectures: James Baldwin, Dostoïesvski, Nina Berberova, Nabokov, les essais de Mona Chollet (sur ce que cela voulait dire d'être une sorcière...), de Liv Strömquist (sur l'amour, le patriarcat...), de Virgina Woolf (sur la nécessité d'un espace et d'une disposition mentale pour écrire), de Sarah Schulman (sur la gentrification), de Svetlana Alexievitch (sur Tchernobyl), de Jean-Paul Civeyrac (sur le cinéma), le témoignage de Natascha Kampusch sur l'enfermement, la survie et puis "Le silence de la mer" de Vercors.

  • La découverte de Robert Desnos avec le poème "La vaisselle" lu par Jean-Louis Trintignant, la mélancolie des peintures d'Hammershoi et de Dorignac, les créatures de plumes de Kate MccGwire, la construction de la maison de Jean-Pierre Raynaud et sa destruction, le temple de Gonzalo Borondo, le silence du mouvement au pavillon carré de Baudouin, la lumière d'Erwin Redl  à la Fondation EDF et la méthode de travail d'Henry Wessel: se réveiller en pleine nuit pour aller photographier, encore endormi, sans trop réfléchir.

  • Le cinéma coréen, inspirant, Burning, Parasite, Mother, les personnages féminins de Phantom Thread et de La favorite, l'humour français En liberté, Perdrix, Les coquillettes le cinéma Kurde, Iranien, l'écriture de Camille, Pupille, les marionnettes de La double vie de Véronique, le cinéma d'angoisse d'Ari Aster, l'humanité des documentaires Une tournée dans la neige, La vida loca.

  • La lecture coup sur coup de Girl d'Edna O'Brien et de De pierre et d'os m'interroge, à trop vouloir se rapprocher du réel, ne s'éloigne t'on pas du romanesque ? En les lisant, j'ai l'impression de passer d'une action à une autre sans que rien ne soit ancré dans le présent, un temps où l'on serait avec les personnages. Bien sûr si je m'interroge autant c'est par écho avec mon propre travail, un texte que j'ai écrit sur une femme aborigène de Tasmanie me semble soudain très loin de ce que je pensais et essaie de faire et en le relisant je n'y trouve qu'un enchaînement de mouvements détachés du personnage. 

 

11.19

  • Patricia Highsmith ("L'art du suspense: mode d'emploi"): Le seul secret d'un romancier réside dans son individualité, sa personnalité. Et chacun étant différent, c'est à l'individu seul d'exprimer sa différence. C'est ce que j'appelle l'ouverture de soi, mais il n'y a rien de magique là-dedans, c'est tout simplement une forme de liberté - de liberté dirigée.

  • Ce sentiment désagréable lorsque j'ai beaucoup de choses à faire de ne jamais être TOTALEMENT à ce que je fais. Et en même temps, pourquoi être "productif" ne pourrait-il pas s'accorder avec la créativité ?

  • Un passage du film The hours sur l'écriture et sur le sentiment d'échec: Je voulais écrire sur tout. Tout ce qui se passe en un instant ... Tout ce qui fait le monde. Comme la confusion qui règne en ce moment. Et j'ai échoué. On finit toujours avec moins que ce qu'on avait.

  • Une pression nouvelle ? On veut tout, on n'est jamais satisfait. Depuis quand l'écriture est-elle une pression ?

  • Découvrir des phrases qu'on a soi-même écrites dans les romans des autres et trouver ça mauvais et par écho trouver son travail mauvais, c'est aussi ça parfois la réalité de la lecture.

 

 

10.19

  • Céline Devaux (Remède à la mélancolie, France inter, 29/09/19): il y a un exercice un peu dangereux pour moi, le graal c'est ce moment ou l'on sent que l'on est en train de dire quelque chose que l'on ne devrait pas dire, et ça c'est une grande libération, c'est-à-dire quand une phrase parmi les autres phrases vient de notre honte, vient d'une vraie sincérité, de quelque chose qu'on aurait presque du mal à dire à ses amis... et l'idée de la transmettre aux autres, je partage ma honte avec toi, c'est se décharger de quelque chose sans aucun égoïsme...

  • Idée de thème : lorsque le familier devient soudain plus inconfortable, quand l'on ne se sent plus à l'aise avec ceux qui jusque-là nous apportaient le bonheur, le confort, la sécurité.

  • Suggestions d'exercices : écrire autour d'un mot et ses variations possibles, écrire une même scène avec différentes tonalités, je me souviens.

  • Ce prénom qui reste en tête, Lamarck, est-ce qu'il s'agit (en plus d'être une station de métro) d'un personnage de roman ?

  • J'essaie d'avancer  péniblement sur ce projet d'hommage au cinéma, je réfléchis à changer de méthode de travail, partir du thème pour y associer une scène de film. DONC trouver ces thèmes qui m'inspirent, la mélancolie, le mal-être, la colère, le désir...

  • Bribes de Cynthia Fleury (Les chemins de la philosophie, France culture, 18/10/19) : produire une matière qu'ensuite je taille, produis une forêt et parfois je n'arrive plus à y pénétrer, créer un chemin didactique, choisir un axe de transmission, se saisir du qualitatif par une obligation quantitative (s'impose un nombre de mots par jour)...

  • Ecrire des idées. Quand on n'arrive plus à inventer des histoires (et si je n'avais plus d'imagination pour des histoires ?), mettre en place une imagination idées, essayer d'autres formes !

 

08/09.19

  • L'écriture est moins importante que ce qu'on vit, partir vivre pour mieux écrire (?)

  • Les papiers sont étalés sur la table, des centaines de feuilles de toutes les tailles, un roman, premier travail: reprise des noms des personnages, deuxième travail: faire un synopsis de chaque chapitre. Le premier chapitre, toujours recommencer ce travail sur le même chapitre. La prochaine fois, je commence par le chapitre 2.

  • La difficulté de trouver du temps pour réfléchir et écrire lorsque l'on est préoccupé par d'autres choses. 

  • Notes retrouvées dans une poche, les mots de James Baldwin: When you're writing, you're trying to find out something which you don't know. The whole language of writing for me is finding out what you don't want to know, what you don't want to find out, but something forces you to anyway. 

  • Proposer une vision est différent du fait de proposer une idée. L'action de peindre ne consiste pas à trouver des idées, le tableau se voit. Le fait de peindre découle du besoin d'articuler plastiquement sa propre vision, et de rien d'autre.

  • Créer ce n'est pas qu'un état ou un acte, c'est une façon d'être au monde, d'observer, d'absorber, d'analyser, de transformer.

  • Raconteuse d'histoires amène une dimension de partage à  l'acte. On raconte à l'autre.

 

 

07.19

  • Partager des intuitions, des instants de clairvoyance donc rechercher soi-même ces instants en écrivant.

  • Il ne s'agit pas de parler de soi mais de chercher à retranscrire les émotions ressenties dans telle ou telle situation.

  • David Solis (exposition à la Maison de l'Amérique latine): Je peins d'imagination, je ne suis pas un réaliste. Je réinvente un monde en explorant tous les genres. Lorsque je peins, je me détache de mon environnement et je m'isole en moi-même.

  • Découverte inspirante (parce que différente) de la "maison" de Jean-Pierre Raynaud: projet artistique et intime sur lequel il a travaillé pendant plus de vingt ans, une maison à l'intérieur entièrement carrelé et devenant un refuge mental, accepter les autres en restant à l'intérieur de mon univers.

  • Quelques idées de David Thomas (podcast Travail soigné : écrire c'est se livrer masqué...satisfait quand le travail est fait, pas de ce que j'ai écrit car on peut éternellement l'améliorer...A un moment faut s'arrêter, ce qui compte c'est ce qui est fait, la satisfaction est là-dedans... Je peux pas être satisfait de tous mes textes mais même ceux moins bien ont un sens...m'inspire pas du factuel mais d'une émotion...Je ne cherche pas à être un homme ou une femme, mais un être humain dans une situation, photographie d'un instant... Je cherche à être au plus près de mes personnages, même quand ils sont cons, très souvent les gens sont entre formidables et insupportables, la réalité des gens est dans leurs émotions... Eternuement, orgasme et chute, trois moments où on ne peut pas cacher ses émotions et c'est ça qui m'intéresse.

  • Retour au plaisir d'écrire le matin !

  • De la vanité ? Cette sensation parfois d'être au bord d'une idée/concept géniale. Evidemment ça n'arrive pas...

  • Contact avec la revue L'allume-feu (et la formidable Léa) pour retravailler un texte, c'est la première fois qu'un travail commun a lieu, le plaisir de discuter ensemble sur la manière d'améliorer un texte.

  • Exercice : Ecrire sur un moment où l'on passe du désespoir à l'espoir.

  • Pourquoi telle ou telle scène ? Pas d'explication, parfois elles viennent toutes seules se positionner.

 

06.19

  • Pour trouver de nouvelles idées de projets, relire ses anciennes notes plus souvent.

  • Ecrire, c'est écouter les autres et leur parler.

  • Mots désagréables à lire : éclair argenté, bouffée d'émotion.

  • La lecture libératrice de certains textes, alors j'ai le droit de faire ça, de parler de ces sujets-là ! : Mariana Enriquez "Ce que nous avons perdu dans le feu"; "La bête humaine" de Zola.

  • Livres et vous (France culture/Public Sénat, 14/06/2019): arrachement et attachement sont les deux pôles de la création littéraire (Marie-Hélène Lafon); Ecrire dans et pas sur (David Lopez).

  • Une exigence d'écrivaine correspondant à une exigence de lectrice.

  • Pour se remettre dans le bain, commencer par quelque chose de plus facile.

  • Georges Dorignac (Exposition au Musée de Montmarte): On ne peut rien faire si on ne laisse pas un lambeau de soi-même à chacune de ses oeuvres [...] Je commence à comprendre, et bien oui j'ai comme une intuition que je vais commencer à récolter ce que j'ai semé depuis bientôt quatorze ans. Pendant cet espace de temps j'ai beaucoup travaillé, et mérité bien des fois, et le tout vient de m'ouvrir les yeux et de me faire sentir, que tout ce que j'ai fait jusqu'à ce jour, ne vaut pas grand chose (...) Que se dégage-t-il de mes toiles, pas grand-chose hélas, on y trouve quelques fois un joli morceau, une jolie couleur, mais c'est-t-il cela le beau. Non. J'ai peint jusqu'à ce jour avec la science acquise, avec mon cerveau mais non avec mon âme, et en voulant mettre beaucoup, j'ai mis très peu [...] c'est un besoin impérieux de créer, une douce folie, qui fait qu'à la fin des journées, vous avez le cerveau vide, les reins douloureux, et le coeur content, si avec beaucoup de vous-même, vous avez mis sur le papier, ou sur la toile, une étincelle de ce que vous croyez être le beau, ou le vrai.

  • Erik Nussbicker (Exposition au Musée de la chasse): Je préfère l'action à l'énoncé de ce qui amène toute chose. La résistance d'une goutte d'eau ou le vernis d'un roseau chante mieux son nom que les mots.

  • Exercice (L'Inventoire): portrait d'un personnage qui débarque dans un endroit où il n'est pas attendu et dérange.

  • Pour écrire, être plus intelligente, et sensible et être capable de s'émerveiller.

  • Un joli titre : La patience des buffles sous la pluie (de David Thomas).

 

05.19

  • Quelques notes prises de l'"Autoportrait de l'auteur en coureur de fond" d'Haruki Murakami : Les méthodes et les directions qu'un écrivain adopte afin de se nourrir, de se fortifier deviennent une part de son individualité d'écrivain et c'est ce qui lui donne sa spécificité; Lorsque nous nous lancons dans un projet d'écriture, que nous créons une histoire avec nos mots, une sorte de substance toxique, tapie au plus profond de chaque être humain ressort à la surface, que cela nous plaise ou non; L'activité artistique comporte certes des éléments malsains, antisociaux. Je dois admettre le fait [...] Mais ceux d'entre nous qui espèrent une longue carrière comme auteurs professionnels doivent se construire un système auto-immune, capable de résister aux toxines dangereuses (parfois mortelles) qui résident à l'intérieur d'eux-mêmes. Nous disposerons alors de toxines encore plus fortes, encore plus efficaces[...] En jouant avec elles, nous pourrons créer des récits encore plus puissants. Mais il nous faut une énergie considérable pour mettre en place ce système immunitaire et pour le conserver sur une longue période. Pour se confronter à quelque chose de malsain on doit être aussi sain que possible... une âme malsaine a besoin d'un corps en bonne santé. Le sain et le malsain ne sont pas nécessairement antagonistes. 

  • Tenir les idées comme des bouts de ficelle qu'on essaie tant bien que mal de garder en main.

  • Se sentir à la traîne, coincée avec des textes pendant que le monde change.

  • S'écarter de son idée initiale, parfois excitant parfois décevant.

  • Quelques notes de "Mon histoire vraie" de David Lynch qui rejoignent les idées de Murakami sur la nécessité d'être aussi "sain" que possible pour créer: La colère, la déprime et le chagrin peuvent donner de fort belles choses dans une histoire, mais pour l'artiste ou le cinéaste c'est comme un poison. C'est comme un étau qui limite la créativité. Quand on est pris dans cet étau, on a du mal à sortir du lit, on a un mal fou à ressentir le flux de la créativité et des idées. Il faut de la clarté pour créer. Il faut être en mesure d'attraper les idées [...] Mais le réalisateur n'est pas obligé de souffrir lui-même pour mettre en scène la souffrance. On peut la montrer, montrer la condition humaine, montrer les conflits et les contrastes, mais on n'est pas obligé d'endurer personnellement la souffrance. On peut très bien l'orchestrer, sans pour autant avoir à la subir. C'est aux personnages qu'il revient de montrer la souffrance. [...] J'aime à penser que Van Gogh aurait été encore plus prolifique et plus épatant s'il n'avait pas été aussi restreint parce qui le tourmentait. Je ne pense pas que ce soit la douleur qui lui ait conféré son immense talent - je pense en revanche que c'est la peinture qui lui a procuré le peu de bonheur qu'il a pu connaître [...] En tant qu'artiste, on se doit de connaître la colère, sans pour autant être restreint par elle. Afin de pouvoir créer, on a besoin d'énergie, on a besoin d'avoir les idées claires. Il faut être en mesure d'attraper des idées. Il faut être suffisamment fort pour lutter contre la pression et le stress incroyables de ce monde. Donc il paraît logique de se nourrir à la source de cette force, de cette clarté et de cette énergie - de plonger dedans et de l'activer. C'est une chose étrange, mais c'est une réalité de mon expérience. Le bien-être est comme un gilet pare-balles. C'est quelque chose qui vous protège. Si vous avez suffisamment de bien-être, c'est l'invincibilité. Et quand la négativité commence à se dissiper, on peut attraper davantage d'idées et mieux les comprendre. On est en mesure de démarrer plus facilement. On a plus d'énergie, nos idées sont plus claires. Alors on peut réellement se mettre au travail et traduire ces idées dans tel médium ou tel autre.

  • Ne pas rester bloqué sur un texte le soir, sinon on ne va jamais vouloir s'y remettre le lendemain

  • Albertine Sarrazin (Lettres et poèmes) sur la promotion par l'écrivain de ses livres : Je ne serai jamais un écrivain hors de l'acte d'écrire, je ne peux pas. Je ne peux pas me faire à l'idée que l'Astragale et La cavale (ses livres) comportent ces appendices sans fin: signer, signer, signer, bavasser dans des micros, s'ankyloser les zygomas, écouter des confidences, donner son avis sur des trucs. Et sur l'inspiration : N'écrivez rien de trop joli, autrement sûr que je vous le pique pour un prochain griffonnage...Un livre, quand il est réussi, est moins une création qu'une oeuvre de récup, un sursis sur le gaspillage.

  • Note retrouvée sur un post-it : est-ce que plus je travaille le style plus je perds l'humain ? Le style trop élaboré ne rend-il pas le texte trop glacé ?

  • Intérêt pour l'imaginaire de l'effondrement.

  • "L'écriture c'est aussi bien décrire l'horreur que la beauté du monde et la possibilité de la rédemption" (source inconnue)

  • Russel Banks (Revue America N°9): Mes opinions politiques doivent rester à l'écart de mon travail de romancier. J'essaie de proposer une vision plus large que celle du citoyen Russel Banks. Si vous êtes trop conscient de ce que vous êtes en train de faire, ce sera mauvais...J'écris pour comprendre le monde qui m'entoure, comprendre les gens. J'écris pour raconter des histoires c'est tout. Ecrire me permet d'être plus honnête, plus intelligent ou moins con, plus attentif au monde et à autrui. Un écrivain sert à comprendre ce qu'est un être humain. A comprendre ce qu'est un autre que soi-même... Un bon écrivain est d'abord un bon conteur.

  • Est-ce que je n'arrive plus à écrire parce que je ne prends plus de plaisir ou est-ce que je ne prends plus de plaisir parce que je n'arrive plus à écrire ?

  • La suspension consentie de l'incrédulité décrit l'opération mentale effectuée par le lecteur ou le spectateur d'une oeuvre de fiction qui accepte le temps de la consultation de l'oeuvre de mettre de côté son scepticisme. Alors il s'agit de ne pas faire sortir la personne de la lecture par des incohérences liées à l'univers du texte et par la manifestation trop forte du travail de l'écrivain (comme pour un ballet, l'effort des danseuses ne doit pas se remarques).

  • Notes prises en février 2018 : aimer observer pour cristalliser, écrire jusqu'à l'éreintement, jusqu'à ce que le texte n'en puisse plus et moi non plus. Soulages : C'est ce que je fais qui m'apprend ce que je cherche.

  • Vivre pour pouvoir écrire, mais en vivant trop, quelle place reste-t-il pour l'écriture ?

  • Kevin Jérôme Everson (France Culture 23/03/2019 Plan large) : J'aime bien cette idée qui consiste à s'intéresser plus à son sujet qu'à ce que va en penser le spectateur. Je fais mes films pour le sujet, pas pour le public. Je veux que le spectateur soit propulsé au milieu d'une situation, où la personne que je filme est plus maligne que le spectateur lui-même, afin que ce dernier soit obligé de courir après le personnage. Les ouvriers et les travailleurs que je filme sont comme des musiciens, leurs gestes se répètent, ils améliorent leur art, et c'est avec ma caméra que je filme leurs talents.

 

04.19

  • Awe : émerveillement, sensation qu'ont les enfants quand ils découvrent quelque chose de nouveau. Un moyen de retrouver l'énergie d'écrire : S'EMERVEILLER

  • Carson McCullers (dans la revue America) : L'isolement moral, voilà ce qui sous-tend la plupart des sujets que je traite... Lorsque j'écris c'est comme un rêve qui s'épanouit. Une graine pousse, une graine qui se développe grâce au travail et à l'inconscient, et à la lutte qui se déroule entre les deux.

 

 

03.19

  • Les mots de Julia Cameron dans "The right to write": Well, I guess I am scared of doing all that work for nothing. I mean, what if I write all my stories and no one buys them? You would still have had the delight of having written them. [...] We are waiting for someone else to come along and stamp our passport. We want official validation that we are "really" writers. The truth is, we need to give that permissions, that validation, ourselves.[...] Writers need to live in the world... When we center our writing lives on our writing instead on our lives, we leach both our lives and our writing of the nutrients they require.

  • L'écriture est le seul moyen d'aller suffisamment au fond des choses pour faire des découvertes, c'est le seul moyen que j'ai trouvé pour rester sur la voie de la curiosité, de la découverte.

  • Il faut du désir pour avoir des idées, que faire quand on n'a plus de désirs ?

  • Ecrire avec ses tripes, pas avec sa tête, évacuer le censeur.

  • Revenir à ce que j'aime/veux écrire. Qu'est-ce que je veux écrire ?

  • Ecrire quelque chose juste pour le plaisir de l'écrire.

  • En ce moment, l'écriture est comme une prison dans laquelle je me sens obligée de retourner. Il faut écrire tous les jours disent ceux qui écrivent.

  • L'important n'est pas d'écrire le texte le plus original qui soit mais le plus humain.

  • Sentir que l'on ne peut pas écrire juste pour passer le temps, ça dépasse le loisir.

  • Les mots qui s'assemblent pour former de beaux titres...Le bruit des arbres la nuit...

 

02.19

  • "Il ne faut pas écrire une seule ligne sur un autre sujet que l'obsession qui te poursuit, qui, venue des zones les plus obscures, te harcèle parfois pendant des années" (extrait de "L'ange des ténèbres" d'Ernesto Sabato).

  • "Mais quand un écrivain commence à expliquer ce qu'il a écrit, il l'abîme aussitôt. Un roman n'est pas un essai. Il y a dans les romans une part de mystère qu'il faut préserver [...] Je crois que les écrivains sont incapables de discuter de leur travail". Russell Banks dans la revue America.

  • Etre trop conscient de ce que l'on essaie d'entreprendre est paralysant.

  • Ecrire pour être plus intelligente, comprendre les autres, du moins m'y intéresser sans écrire aucune vérité. L'écriture comme moyen de s'intéresser aux autres.

  • Ne pas laisser la colère gagner, Colum McCann dans "Lettres à un jeune auteur" : Do not allow your heart to harden... 

  • Le temps de concentration d'une crevette, voilà ce que j'ai ! 

  • La photographie comme inspiration, les paysages de Nadav Kander.

  • Le choix du titre : "Le fracas des pattes de l'araignée" (titre du documentaire d'Aurélien Vernhes-Lermusiaux).

  • Raconteuse d'histoires.

  • 10 jours de non écriture. Pourquoi écrire ?

  • Ne pas écrire toujours à la même place, bouger pour ne pas développer d'escarres. "Après avoir été longtemps assise à mon bureau, j'ai décidé d'aller à la rencontre des gens et des lieux et de voir comment ça se passe, tout simplement avec ma fragilité et mon incompétence. Ne pas être derrière son bureau, c'est aussi ne pas s'appuyer sur des références, des autorités, ne pas avoir un discours érudit ou académique, mais être un être humain face à un autre". Fanny Chiarello (France culture 26/02/2019).

  • Ne plus savoir pourquoi on écrit et avoir la gorge serrée de voir s'éloigner ce qui aurait pu être différent dans sa vie. Ne plus réussir à se projeter dans l'avenir de son écriture. Joyce Carol Oates : Pour écrire un roman, il faut se projeter dans l'avenir. 

 

 

01.19

  • Le plus important pour aller au bout d'un projet est d'aimer l'histoire que l'on veut raconter, ne pas s'arrêter à une écriture qu'on juge mauvaise donc paralysante.

  • Retrouver le plaisir d'écrire, un bout de fil que l'on se met à tirer par hasard, par curiosité et qui nous fait découvrir un personnage, un projet qui nous porte: page Wikipédia de la Tasmanie qui nous fait découvrir la situation des aborigènes au 19ème siècle et en particulier la vie d'une femme, Truganini et l'idée qui arrive.

  • L'émotion que procure l'art, quand on manquerait d'empathie pour la folie du monde, l'art nous ramène à l'essentiel, nous fait retrouver l'émotion et l'empathie.

  • Fuir le misérabilisme, mettre du comique dans le tragique et du tragique dans le comique. Ne pas avoir peur de ce mélange, on peut quand même faire passer des choses.

  • Quand on ne peut plus écrire, ne pas penser au fait que l'on écrive un livre mais se concentrer sur la phrase, j'écris une phrase, mot après mot (Philip Roth).

 

 

12.18

  • Le niveau de satisfaction. "Pas offrir avant d'être satisfait. On l'oublie. On le retravaille. Peut-être qu'il ne sortira jamais. C'est pas grave, ça fait travailler la pensée".Le compositeur de parfums Jean-Claude Ellena parlant du parfum (France culture "Parfums d'hiver" 15/02/14)

  • Rapport charnel aux mots, les mots qu'on préfère et ceux qu'on ne supporte pas.

  • Mauvaise semaine, ne pas avoir de propos, ne rien avoir à dire, l'impression désagréable que mes histoires sont vides de sens.

  • Tâtonner avec obstination.

  • Lecture d'"Une pièce bien à soi" de Virgina Woolf. Indispensable. Si je devais gérer davantage de choses, est-ce que j'aurais encore du temps pour la création ? Ne pas utiliser l'écriture comme déversoir pour ses frustrations de vie.

  • Importance de l'énergie du corps pour écrire.

  • Femmes écrivaines que j'aime entendre parler d'écriture: Marie Darrieussecq, Emmanuelle Bayamack-Tam, Marie-Hélène Lafon, Natacha Appanah (La Grande Librairie 21/06/2016) "un écrivain ça sert aussi je crois à toucher l'autre, à incarner l'autre et même si l'autre est quelqu'un de très loin, de très lointain, c'est ça. Toucher l'autre à travers les mots, à travers les pages, à travers les histoires. Parfois c'est aussi jeter la lumière sur quelque chose qui est caché, recouvert de poussière."

 

 

 

11.18

  • Un vieux monsieur que je vois parfois au restaurant japonais qui joue aux mikados tout seul, et savoir pourquoi on écrit, pour ce vieux monsieur, pour ces ces scènes, petites et grandes à la fois, ET puis entendre Nathacha Appanah parler dans La grande Librairie (diffusion du 21/11/2018) des non-puissants dont elle se sent faire partie "j'aime parler de mon prochain, c'est comme cela que j'arrive à dire le monde, à travers eux, à travers leurs vies[...]à travers ce que j'imagine qu'ils pensent..." ET compléter avec les paroles de Makenzy Orcel en atelier "Ne pas laisser de distance avec ces personnages, quand tu écris sur le clochard, sur le malade, soit le clochard, soit le malade, ne parle pas d'eux mais parle PARMI EUX".

  • Je rate le livre, c'est pour cela que je recommence toujours, pour le décalage entre le projet rêvé et l'écriture.

  • Une question qui un soir fait mal "Est-ce que vous vivez moins que vous n'écrivez ? " (Emmanuelle Bayamack-Tam dans l'émission Hors champs, France culture -11/02/2016).

 

10.18

  • 00h30 :  regarder un documentaire sur les abeilles, et puis écouter des sons d'abeilles butinant pour trouver une image à y associer. Vive l'écriture !

  • ENTHOUSIASME. Pourquoi écrire ? Pour l'enthousiasme !

  • Patti Smith dans le magazine America (N°7 - Automne 2018) : "Ecrire ne veut pas dire publier...Je crois que j'écris pour composer quelque chose qui serait mieux que je ne suis, quelque chose qui justifierait mes errances...Les artistes n'ont pas plus de responsabilités que les autres, mis à part celle de faire leur travail du mieux qu'ils le peuvent".

  • La beauté de l'assemblage des mots : une constellation de phénomènes vitaux (titre d'un roman d'Anthony Marra).

  • Parler de ce sentiment d'insécurité, du mal...

  • "Je lâche prise par épuisement" dit Marie-Hélène Lafon concernant la fin d'un texte. Reprendre un texte jusqu'à épuisement puis se reposer puis recommencer.

  • Les mots indispensables de Makenzy Orcel (pendant sa résidence d'écriture à Vincennes) : la littérature c'est la langue, plus que l'histoire, trouver sa langue, sa voix, ses fantômes, ses démons intérieurs, ce qui nous ravage, ses non-dits, ses tabous, aller creuser dans tout ça. Ne pas avoir peur de s'ébranler, de caresser à rebrousse-poils, le travail de l'artiste est de sonder les mécanismes du changement. Nous sommes tous des opprimés, d'une relation, d'une histoire familiale. On écrit parce qu'on est perdu, qu'on cherche sa place. Ne pas inventer mais donner à sentir. Reprendre un texte sur les pulsions "La faim" après relecture de ces mots. Session épuisante. Sentir qu'on s'approche de quelque chose sans savoir si on va réussir à le tenir. Ressentir toujours une pression sociale sur ce qu'on dit, penser aux personnes qui vont nous lire. Le sentiment de s'approcher des "abysses" est très puissant.

  • La question de l'ellipse, la frustration de lire des textes avec trop d'ellipses quand justement ce qui compte c'est l'évolution par les détails. 

  • Quelle importance accorder à un texte qui émerge très vite ? Pourquoi n'aurait-il pas la même valeur qu'un texte corrigé ? Est-ce que ce qui est spontané n'a pas parfois plus de force, de puissance ?

  • Albertine Sarrazin dans "Lettres et poèmes" : "Attention je suis moi aussi une voleuse mais je me contente maintenant de voler des mots: n'écrivez rien de trop joli, autrement sûr que je vous le pique pour un proche griffonnage. Mes trois livres, ainsi, sont farcis d'emprunts. Tout comme l'adoption, un livre quand il est réussi, est moins une création qu'une oeuvre de récupération, un sursis sur le gaspillage...".

09.18

  • Le plaisir d'avoir une nouvelle idée, de commencer une nouvelle histoire sans savoir tout de suite où elle va mener, avant de "souffrir" à l'écrire.

  • Dépasser le superficiel, aller plus loin. 

  • Travailler chaque jour en sortant de sa zone de confort, sinon cela ne sert à rien, on n'apprend rien.

  • Impression d'être dans une "zone de confort" avec les nouvelles, m'obliger à en sortir.

  • Réaliser qu'on écrit pour se souvenir, ne pas oublier le passé (sûrement déformé).

08.18

  • En reprenant "Le temps du trajet", une impression, celle de rester à la surface, de ne faire que du descriptif d'une situation. SE DEGAGER DU DESCRIPTIF POUR SE CONCENTRER SUR LES SENSATIONS: malaise, émotion, colère...

  • Un passage d'un entretien de Jonathan Franzen dans le magazine America (N°5 - Printemps 2018) qui interpelle. Il explique que dans ses premiers romans, il pensait d'abord à l'intrigue (par exemple un tremblement de terre) avant de se concentrer sur les suivants à l'histoire de ses personnages. Je n'ai pour construire mes romans que des concepts, des intrigues.

  • Un passage de l'entretien d'Alice Zeniter dans le podcast La poudre (épisode 33) : "Ne pas avoir d'enfant me paraît nécessaire pour préserver ma chambre à moi. Ma vie d'écrivaine est une lutte constante pour avoir du temps, pour articuler ce temps-là avec le temps d'une sociabilité, le temps des rendez-vous obligatoires, le temps de l'amour que j'essaie de préserver à deux beaucoup et quand je vois le casse-tête que ça représente déjà je me dis comment je pourrais lutter pour avoir du temps en plus pour un être à accompagner pendant des années et avoir un enfant pour ne pas lui donner tout ce temps-là, ça me paraît extrêmement cruel donc non j'ai pris la décision de ne pas en avoir."

  • Parfois, que c'est dur d'écrire, que ça coûte.. Pas d'imagination, multiplier les sorties !

  • Créer des sensations et non des émotions ?

  • Blocage... Formes courtes, haïkus... pour relancer la machine.

  • Travail sur un texte, un couple à une terrasse, alternance des points de vue. Recherche d'une méthode de travail. Et si j'essayais d'écrire toute l'histoire du point de vue féminin, puis toute l'histoire du point de vue masculin et ensuite de mélanger ?

  • Parfois, trouver ses idées mauvaises et clichés. C'est pas grave, les écrire quand même.

  • S'investir plus dans l'écriture, investir son corps et son âme, ne pas faire semblant.

  • 5 septembre : une bonne journée d'écriture.

  • Ne pas aimer lire un texte en se disant que c'est l'auteur frustré qui parle. Il faut que l'écrit transcende l'auteur, qu'en le lisant, je me dise que c'est de moi qu'il parle et non de lui.

  • Le plus agréable : quand une idée vous saute dessus et qu'il faut à tout prix l'écrire et que c'est possible parce que je suis disponible pour l'écrire.

07.18

  • Penser à de vraies personnes pour décrire les personnages.

  • Les paroles de Marie Darrieusecq entendue dans une émission: quand on a du mal à écrire faire comme si le narrateur écrivait son histoire et qu'il avait lui aussi du mal à écrire...

  • On sait qu'un livre est fini quand on entendu la dernière phrase. Il n'y a rien à rajouter.

 

05.18

  • Du mal à écrire, du mal à lire, ne rien ressentir, attendre que ça passe. Et si ça ne passait pas ? Si le désir ne revenait pas ? Se forcer.

04.18

  • En période de blocage autour d'un thème d'écriture, ne pas hésiter à chercher de la documentation sur tous supports.

  • "Ecrire pour retarder le jour où je n'écrirai plus, le jour où je sombrerai dans une dépression si profonde qu'il sera impossible de la distinguer d'une parfaite béatitude" Geoff Dyer. Qu'est-ce que je ferais de ma vie si je n'écrivais pas ?

  • Dur d'écrire en ce moment, fatiguée. Avoir plusieurs projets en même temps permet de retrouver de l'énergie, de retrouver de la force.

  • Si je parle à la première personne, ne pas laisser le lecteur à l'extérieur de la tête du personnage. Le narrateur ne doit pas s'observer de loin ou ignorer ce qu'il a dans sa propre tête, donner une signification aux gestes. Ce n'est pas l'auteur qui s'exprime à la première personne mais le personnage. A qui s'adresse-t-il et pourquoi ?

 

03.18

  • Adaptation de "La balade au lac" en scénario. Le changement de la forme devient très utile pour voir les limites, incohérences de l'histoire, donne un nouvel angle à l'histoire, très rafraîchissant.

  • Une semaine difficile : écrire des choses sombres et  mauvaises mais continuer en se disant que quelque chose de bon va en sortir.

  • Lecture de l'entretien de Denis Côté pour "Que ta joie demeure" : "Il a été tourné en huit ou neuf jours, comme Carcasses ou Bestiaire. Le film est né d’un élan soudain. C’est instinctif, libérateur et cela me permet de retrouver l’énergie pour écrire le prochain film." Je le comprends comme ça : il faut parfois écrire d'un élan soudain, instinctif, libérateur pour retrouver de l'énergie. Je sens que je manque d'élan, et qu'il faudrait que j'essaye ça, toujours ce BESOIN DE CONTRAINTES.

  • Parfois des liens qui se font : Recherche d'un titre pour un texte sur une femme qui lâche son groupe pendant une randonnée en rivière pour se sentir en contact avec la nature. Le même jour, un épisode de Six feet under et un personnage utilisant un mot, écotone : zone de transition et de contact entre deux écosystèmes voisins. J'ai mon titre. L'écriture consiste à emprunter en permanence, à la vie, aux gens, aux autres oeuvres...

 

02.18

  • Trop d'utilisation des verbes observer, regarder, fixer.

  • Le plaisir d'avoir réduit le "comme".

  • La nécessité de la contrainte, de la contrainte des appels à textes pour écrire le plus possible. L'idée de Ray Bradbury en tête : écrivez des histoires courtes, une par semaine. Ainsi vous apprendrez votre métier d'écrivain.

  • Le sentiment du gâchis d'avoir déployé trop d'énergie à essayer de faire rentrer un texte dans la "case" d'un appel à textes.

  • Blocage en réfléchissant au thème du "risque". Et puis partir voir ailleurs quand on est bloqué, lectures, émissions de radio... 

  • Ne pas avoir peur de se tromper en décrivant des comportements mais faire l'effort de se mettre "dans la peau", il n"y a pas de mauvaise réponse, mais il faut jouer le jeu jusqu'au bout.

  • Session de travail sur un texte que je trouve mauvais et ennuyeux, mais plus j'insiste et travaille les mots pour installer une ambiance plus je me prends au jeu. INSISTER parfois.

  • Ne pas faire semblant de se corriger en se faisant des louanges.

  • Difficulté de travailler ce texte d'une fille qui rentre dans l'adolescence et développe une obsession. Projet beaucoup plus ambitieux que ce que je pensais au début. J'ai tout repris en me concentrant sur son évolution jour par jour. NE PAS PENSER AU PROJET GLOBAL, AVANCER PAS A PAS.

  • On n'arrive à décrire bien une scène qu'en lisant beaucoup. 

  • Reprise de textes très anciens, pas d'idée récente, la peur d'une imagination qui se tarit, ou bien c'est l'esprit qui fait revenir sur un texte encore et encore, pas la réponse.

© 2018 AMÉLIE SUDROT-DUVAL

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